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| Femmes konso, Ethiopie.
© Edward Mendell/Survival |
Les Mursi
sont confrontés à une menace qui pourrait les conduire à se voir
refuser l'accès à leurs terres dont ils dépendent pour la culture et
l'élevage dans les parcs nationaux Omo et Mago, au sud de l'Ethiopie.
Bien que ces parcs aient été créés il y a plus de trente ans, le
gouvernement éthiopien commence seulement à prendre des mesures
urgentes pour les délimiter légalement. Ces dispositions font suite à
un accord avec la Fondation des Parcs africains, une organisation
néerlandaise privée à but non lucratif, qui assurera l'administration
du parc national Omo à la fin de l'année.
Ces parcs, d'une superficie de plus de 3 800 km2, abritent environ 20
000 personnes dont la majorité est constituée du peuple mursi.
[Le gouvernement] veut maintenant nous exproprier sans nous consulter'
s'alarme Ulikoro, un porte-parole mursi, dans un message d'appel à
l'aide internationale. « Nous ne pouvons rien faire contre cela…
Le gouvernement va peut-être venir et nous tuer.'
Selon Ulikoro, les autorités gouvernementales leur ont signifié en mars
dernier qu'ils devaient aller vivre dans la région de Maganto avec
leur troupeau et que les quatre puits de la rivière Elma devraient
suffire à leurs besoins en eau'.
Si ce projet aboutissait, les Mursi seraient alors confinés dans une
toute petite partie de leur territoire actuel, située au-delà des
limites du parc. Ce qui bouleverserait sérieusement leur système
économique fondé sur un semi-nomadisme mixte constitué d'élevage,
d'agriculture riveraine itinérante subordonnée aux crues de l'Omo et
d'une agriculture de savane dépendant des pluies dominantes. Les quatre
points d'eau (les quatre puits' dont parle Ulikoro) qui seraient
aménagés dans la région de Maganto fourniraient de l'eau en permanence
aux futurs villages sédentaires qui ont été prévus. Mais cela priverait
les Mursi de la partie la plus fertile de leurs terres agricoles
situées sur les berges de la rivière Omo et compromettrait leur
économie pastorale en les privant d'herbage durant la saison sèche. Le
bétail est une ressource essentielle pour les Mursi, non seulement pour
la viande et le lait qu'ils en retirent mais aussi parce qu'il peut
être échangé contre les céréales des hautes terres durant les pénuries.
Les Mursi verraient alors leur mode de vie traditionnel gravement
perturbé et deviendraient dépendants de l'aide alimentaire extérieure.
La concentration du bétail autour de quelques puits créerait rapidement
une zone désertique comme dans beaucoup d'autres régions d'Afrique.
Quel ironique résultat pour un programme de conservation' !
Selon les Mursi, des représentants officiels du parc Mago les ont
prévenu au mois de mars que s'ils n'abandonnaient pas Kon Ba, l'un de
leurs villages situé sur la rivière Mago, un grand incendie le
ravagerait'. A la même époque, le conservateur du parc national Mago a
annoncé que la Fondation des Parcs africains ne voulait pas seulement
expulser les habitants des parcs Omo et Mago, mais qu'elle projetait
aussi d'installer une clôture électrique pour les protéger' des
squatters et des braconniers. Ce que la Fondation a formellement
démenti.
La Fondation des Parcs africains, qui administre déjà des parcs
nationaux en Zambie, en Afrique du Sud, au Malawi ainsi que le Parc
Nech Sar en Ethiopie, compte parmi ses mécènes la Fondation Walton (la
famille propriétaire de la chaîne de supermarchés Wal-mart) et le
département d'Etat américain.
Pour compliquer encore la situation, plusieurs groupes tribaux armés
occupent la région située aux alentours des parcs Omo et Mago, dont les
relations tendues dégénèrent souvent en violents conflits. « Le
gouvernement éthiopien devrait se préoccuper très sérieusement du
débordement de violence que sa politique d'expulsion de la région des
Parcs Omo et Mago génèrera' s'inquiète David Turton, un anthropologue
britannique fort d'une expérience de plus de trente ans auprès des
Mursi. Toute tentative d'empiètement du territoire Mursi provoquera une
augmentation de la pression sur les ressources de la région du bas
Omo. »
À ce stade, ni le gouvernement éthiopien ni la Fondation des Parcs
africains ne semblent se préoccuper de ce danger. Selon le rapport d'un
témoin, des officiels d'Awassa, la capitale régionale de cet Etat du
sud, ont célébré' en mars au siège administratif du parc Omo la future
délimitation du nouveau parc, en vue de sa ratification officielle.
Alors que la bière coulait à flot, il a été demandé à de prétendus
représentants' des Mursi leur accord sur cette délimitation au nom du
groupe entier, par apposition de l'empreinte de leurs pouces sur des
documents qu'ils ne pouvaient pas lire.
En février 2005, la Fondation des Parcs africains a pris en charge
l'administration du Parc national Nech Sar, également situé dans le sud
de l'Ethiopie, après la signature d'un accord, un an auparavant, avec
le gouvernement éthiopien. En novembre 2004, 463 maisons guji situées à
l'intérieur du parc, ont été incendiées par des gardes forestiers et la
police locale. Selon un rapport de l'organisation Refugiees
International, ces exactions ont été commises pour contraindre les
résidents guji à quitter le parc. Nous entendons habituellement ce
genre de nouvelles à la radio même s'il s'agit d'une seule maison
incendiée par des criminels. La radio nous informe de toutes sortes de
crimes. Mais nous n'avons rien entendu à propos des 463 maisons que
nous avons perdues.' s'est indigné un représentant guji.
Selon le rapport annuel de 2004 de la Fondation des Parcs africains,
la relocalisation des Kore et des Guji était une affaire interne aux
gouvernements fédéral et régional, et la Fondation n'avait aucun rôle à
jouer dans cette affaire'.
Refugiees International a précisé que certains Guji, y compris ceux
dont les maisons avaient été incendiées, ont été réinstallés au sud du
parc, tout comme les Kore. Plus de 5 000 Guji restent confinés aux
extrémités nord du parc. Les Guji disent que les gardes forestiers du
parc Nech Sar les ont prévenus que s'ils ne se partaient pas
volontairement, ils y seraient contraints et qu'une fois partis, le
parc serait fermé par une clôture électrique.
Paul van Vlissingen, le millionnaire néerlandais qui a créé la
Fondation des Parcs africains, a assuré que la Fondation n'avait pas
l'intention de forcer les habitants des parcs Omo et Mago à partir et
s'est dissocié des tentatives gouvernementales d'expulsion du Parc Nech
Sar.
La Fondation n'a jamais été et ne sera jamais impliquée dans des
questions politiques telles que le déplacement de populations. »
a-t-il déclaré après l'annonce par Refugiees International de
l'incendie des maisons dans le parc Nech Sar.
Survival a écrit aux autorités éthiopiennes pour leur exprimer sa
préoccupation et les exhorter à garantir les droits territoriaux des
Mursi.
Par Will Hurd