Une tribu isolée menacée de disparition

30 Mai 2003


©Salomé/Survival

En 2002, un nouvel espoir naissait pour les Jarawa, une tribu récemment
contactée des îles Andaman, archipel situé dans l'océan Indien. La
Haute Cour indienne avait en effet pris la décision courageuse et sans
précédent de fermer la ‘grande route andamane' percée à travers leur
réserve, et d'expulser les colons qui s'y étaient installés.
Aujourd'hui, un an plus tard, des résultats considérables ont été
obtenus par l'administration des îles (possessions indiennes) qui a
repoussé avec succès les invasions de colons. Mais la route est restée
ouverte, ce qui expose les Jarawa à de graves risques sanitaires et à
l'exploitation de leur terre.

Les Jarawa sont des chasseurs-cueilleurs nomades qui, depuis près de
150 ans, résistent au contact avec les colons des îles Andaman. Ils
représentent l'un des quatre derniers groupes autochtones toujours
présents sur les îles. Deux d'entre eux, les ‘Grands Andamanais' et les
‘Onge' ont été sédentarisés de force par les autorités coloniales
britanniques et indiennes. Rapidement affaiblis par les maladies
nouvelles et le changement de mode de vie, ils furent sur le point de
disparaître. La population des Onge est passée de près de 670
personnes, en 1900, à une centaine aujourd'hui. Les Grands Andamanais,
dont le nombre s'élevait à près de 5 000 en 1848, ne sont actuellement
plus que 41. Les Jarawa, qui comptent entre 250 et 300 personnes,
vivent dans la forêt humide. Ils chassent les porcs et les varans, et
pêchent, au moyen d'arcs et de flèches, poissons, tortues et dugongs
(un animal marin). Ils récoltent aussi des baies, des racines et du
miel de la forêt. Les Jarawa sont longtemps demeurés hostiles au monde
extérieur, ils ont pourtant commencé, il y a peu, à sortir en petits
groupes sur la route. On pense que cela est dû à la pression exercée
par les braconniers le long des côtes de leur réserve. Les Sentinele,
autre tribu andamane, sont eux, mieux protégés, vivant seuls sur leur
île; ils maintiennent un plus grand degré d'isolement que les Jarawa.
Ils sont pourtant aussi menacés par les incursions de braconniers et de
fonctionnaires locaux.
Depuis 1948, des milliers d'Indiens se sont installés sur les îles,
s'ajoutant aux braconniers venus par voie de mer; ils ont peu à peu
empiété sur la réserve des Jarawa, les privant des ressources de la
forêt et les exposant à des maladies contre lesquelles ils ne sont pas
immunisés. Les dangers occasionnés par ces rapports forcés, se sont
encore accrus avec la construction illégale de la route sur leur terre
dans les années 1970. Elle a condamné les Jarawa à des contacts
quotidiens avec les touristes voyageant en bus ou en camions, elle a
également ouvert la voie à de nouvelles colonisations à l'intérieur de
la réserve. Les risques sanitaires sont réels : en 1999, un nombre
inconnu de Jarawa sont morts dans la forêt des suites d'une épidémie de
rougeole.

La campagne de Survival et des organisations locales, s'est révélée
très efficace : la Haute Cour a rendu un jugement provisoire afin de
suspendre le processus de sédentarisation forcée des Jarawa. Survival
avait mis le tribunal en garde contre les effets destructeurs de ce
type de politique qui finirait par anéantir totalement les Jarawa, en
présentant des témoignages d'exemples similaires chez d'autres peuples
nomades, témoignages qui furent largement pris en compte dans le
jugement. Survival a également plaidé pour obtenir la fermeture de la
route et l'expulsion des colons installés sur la terre des Jarawa, ces
deux revendications ayant été inscrites dans le jugement rendu par la
Haute Cour indienne.

Le jugement de la Cour devait être appliqué en août 2002 au plus tard.
La route, pourtant, reste ouverte. Le gouverneur des îles s'est exprimé
en des termes qui mettent en évidence les réticences de
l'administration à mettre en application le jugement. De surcroît, en
2003, des travaux considérables ont été mis en œuvre sur une portion de
la route qui devait être fermée. Les membres locaux du Parlement ont
même proposé, en lieu de fermeture, un élargissement de la route. Si
les délais d'application du jugement continuent d'être repoussés,
l'administration des îles Andaman pourrait être condamnée pour non
application de la décision du tribunal. Mais le plus grave est le
risque de répéter les erreurs passées des gouvernements britannique et
indien, qui conduiront à la disparition d'une des dernières tribus des
îles Andaman.