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| Un Makuxi portant un costume paishara pour une réunion à Bismark, Etat de Raposa Serra do Dol, Brésil, octobre 1996.
©1996 Fiona Watson/Survival |
Je pense que vous pouvez nous aider en demandant au Président Lula
la ratification de notre territoire et l'expulsion de ceux qui l'ont
envahi.'
Orlando Makuxi
Le gouvernement brésilien n'a toujours pas ratifié le territoire
indigène Raposa-Serra do Sol situé au nord du pays, ce qui a des
conséquences désastreuses sur les 12 000 Indiens qui y vivent depuis
toujours. Fermiers et mineurs ont illégalement envahi la région pour y
entreprendre des activités d'élevage, de riziculture et d'orpaillage,
de plus, l'armée a construit un baraquement aux abords mêmes d'une
communauté indienne.
Une forte pression est exercée sur le gouvernement par des
représentants politiques locaux et des hommes d'affaire qui veulent
réduire d'un quart ce territoire et le maintenir ouvert en vue de son
exploitation intensive. Les tribunaux mêmes à qui ils ont présenté une
requête en ce sens se sont prononcés en leur faveur. Mais cette
décision a été invalidée par la Cour Suprême en novembre 2002. Bien
que, depuis décembre 1998, le ministre de la justice ait ordonné la
reconnaissance de Raposa Serra do Sol comme territoire indigène, le
président n'a toujours pas accompli la dernière formalité qui consiste
à ratifier la 'démarcation'.
Il appartient au chef de l'Etat nouvellement élu de prendre une
décision à ce propos. Il est donc urgent de l'informer des conséquences
dramatiques que pourrait occasionner sur les Indiens son refus d'agir
en leur faveur.
Raposa-Serra do Sol est situé dans l'Etat de Roraima à l'extrême nord
du Brésil, ce territoire s'étend sur près de 1,7 millions d'hectares ;
il est la terre de plusieurs peuples, les Makuxi, les Wapixana, les
Ingarikó, les Taurepang et les Patamona. Ces Indiens luttent depuis 30
ans pour la reconnaissance de leurs droits territoriaux.
Les Makuxi sont fréquemment victimes de menaces et d'intimidations :
une douzaine d'entre eux ont été tués au cours de ces dernières années.
Bien d'autres ont assisté impuissants à la destruction de leur terre ou
en ont été spoliés. Le dernier incident recensé est l'assassinat, en
janvier 2003, de Aldo da Silva Matos, présumablement tué par balles par
deux employés du ranch alors qu'il se présentait devant eux les mains
en l'air.
Les riziculteurs utilisent des engrais chimiques qui contaminent l'eau
potable, le sol et les rivières, empoisonnent les oiseaux et les
poissons dont dépendent les Indiens pour vivre. De plus, les mineurs
ont commencé à draguer en six nouveaux points la rivière Máu. Le
mercure qu'ils utilisent pour séparer l'or augmente dangereusement le
niveau de pollution. De grandes quantités d'alcool sont également
introduites dans les communautés indiennes où les maladies se
répandent, propagées par les mineurs et les soldats installés à
Uiramutã, à la porte même du territoire makuxi. Ils échangent
régulièrement de l'alcool et des objets de pacotille contre des
relations sexuelles, ouvrant la voie à la prolifération rapide de
maladies sexuellement transmissibles.
L'exploitation agricole et l'élevage du bétail ont des conséquences
dramatiques sur le gibier dont dépendent les Indiens et l'invasion de
leur territoire met gravement en péril leur mode de vie. Ces groupes
indiens vivent en effet de pêche, de chasse et d'agriculture
itinérante, manioc et maïs constituant leur nourriture de base.
Certains d'entre eux mènent avec succès leurs propres programmes de
santé ou d'éducation, d'autres se lancent dans des projets d'élevage à
petite échelle. Raposa-Serra do Sol est une magnifique région
d'Amazonie, d'une étonnante diversité où se mêlent savanes, forêts
luxuriantes et d'innombrables rivières.
Le Conseil indigène du Roraima, organisation des Indiens de la région,
s'est adressé à Survival pour lui demander d'exhorter ses membres et
sympathisants à écrire de toute urgence au président du Brésil. Son
leader, Jacir José de Souza a déclaré : 'Nous, les Indiens, luttons
depuis beaucoup plus de temps pour nos terres qu'il n'en a fallu à Lula
pour devenir président. Maintenant qu'il y est parvenu, il est temps
pour lui de soutenir les peuples indigènes de Raposa-Serra do Sol en
ratifiant leur territoire.'