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| Enfants bushmen, Afrique du Sud.
©Mark Håkansson/Survival |
L'éviction des Basarwa [Bushmen] de la réserve… était justifiée,
il est normal que le gouvernement ait pris de telles mesures. Qui
aurait voulu laisser ces gens dans l'âge de pierre alors que d'autres
vont vers le progrès?'
Louis Nchindo, directeur général de Debswana (filiale de De Beers au Botswana).
Le gouvernement du Botswana a divisé la quasi totalité de la terre
ancestrale des Bushmen gana et gwi et des Bakgalagadi de la Réserve du
Kalahari (CKGR) en concessions de prospection diamantifère. Cliquez ici
pour consulter la carte (en anglais) où apparaissent la plupart des
concessions qui ont été accordées l'an dernier, au moment même où
débutait l'éviction des Bushmen.
Kalahari Diamonds, filiale de la multinationale BHP Billiton, compagnie
qui possède le plus grand nombre de concessions, s'est récemment vu
accorder par la Banque mondiale une subvention de 2 millions de
dollars. Kalahari Diamonds a, à son tour, créé une nouvelle filiale,
Godi, pour mener les prospections. Le seul représentant de nationalité
botswanaise au conseil d'administration de Godi est Archie Mogwe,
éminent conseiller politique du président du Botswana, et ancien
ministre des ressources minières. De Beers qui détient déjà un
important gisement de diamant dans la réserve, a également multiplié le
nombre de ses concessions.
Ni le gouvernement, ni les compagnies minières n'ont pris la peine de
consulter les Bushmen avant de mener les prospections dans la réserve.
Un Bushman a déclaré à Survival : Nous ne sommes pas dupes. Nous
savons que le gouvernement ne nous met pas dehors sans raison et que
cette terre regorge de diamants'.
Les Gana et Gwi sont des chasseurs-cueilleurs qui vivent sur cette
terre depuis des milliers d'années. En 1961, une grande partie de leur
territoire a été transformée en réserve (la Réserve de gibier du
Kalahari central – CKGR) afin de protéger le gibier dont ils dépendent.
Mais depuis 17 ans, le gouvernement du Botswana mène une campagne de
harcèlement pour les en chasser, campagne qui a atteint son paroxysme
lorsque les autorités ont, l'an dernier, fait détruire leur système
d'approvisionnement en eau. La plupart de ceux qui ont été contraints
de partir, vivent désormais dans de sinistres camps loin de la réserve,
où règnent alcoolisme, misère et ennui et où se développe le virus HIV
du sida.
Malgré d'intenses manuvres d'intimidation, près de 50 Bushmen ont
refusé de quitter la réserve. Au moins 50 autres y sont retournés après
leur expulsion. Pourtant, ils ont à subir la pression continuelle des
représentants politiques locaux qui veulent les voir partir. Ils ont
désormais très peu d'eau pour subsister et ont été interdits de chasse.
Les Bushmen qui vivent dans les camps doivent obtenir des autorisations
pour pénétrer dans la réserve, qui sont limitées à de courts séjours et
ne sont pas autorisés à apporter de la nourriture et de l'eau à leurs
familles.
Le gouvernement du Botswana, qui refuse tout débat sur le droit des
Bushmen à vivre en paix sur leur propre terre, a engagé une société de
communication spécialement chargée de contrecarrer la campagne
internationale de soutien aux Bushmen; le secrétaire permanent au
ministère des Mines (et vice-président de Debswana), M. Tombale, a
récemment traité Survival d'organisation terroriste' et son
gouvernement a interdit l'utilisation du matériel éducatif fourni par
Survival dans les écoles du pays.
Interrogé par Survival sur sa ligne politique concernant les peuples
indigènes, la compagnie De Beers a fini par admettre qu'elle n'en avait
aucune. Elle est même allée plus loin, affirmant qu'une politique
spécifique sur les droits des peuples indigènes équivaudrait à une
mesure d'apartheid! Curieusement, De Beers ne tient pas ce discours au
Canada où une puissante organisation de défense des droits indigènes a
contraint la compagnie à établir des accords avec les Indiens avant
toute prospection sur leurs terres. De Beers semble prête à reconnaître
les droits indigènes dans les pays où elle n'a pas le choix, en
revanche elle refuse que de telles idées germent près de chez elle, en
Afrique australe. Le leader de la principale organisation aborigène
d'Australie a qualifié son attitude d'absurde et agressive'.
Une nouvelle encourageante venue d'Afrique du Sud devrait pourtant
aujourd'hui, redonner espoir aux Gana et Gwi : un peuple indigène, les
Richtersvelders, y ont remporté une victoire judiciaire historique. La
Cour d'appel suprême a officiellement reconnu leurs droits territoriaux
en dépit du fait qu'ils n'ont jamais reçu de titres officiels et que le
gouvernement a toujours prétendu qu'ils n'avaient aucun droit sur ces
terres. La terre des Richtersvelders recèle d'importants gisements de
diamants, comme celle des Gana et Gwi. Ce jugement devrait donc
inquiéter le gouvernement du Botswana et De Beers, le système juridique
botswanais étant similaire à celui d'Afrique du Sud.
Selon les dispositions de la législation internationale, les Gana et
Gwi ont le droit de décider eux-mêmes de leur propre mode de vie, et de
demeurer ou de retourner sur leurs terres de la réserve s'ils le
souhaitent. Ils ont de nouveau fait appel à Survival pour soutenir leur
lutte.