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| Femme bushman, Réserve du Kalahari, Botswana, 2004.
©Stephen Corry/Survival |
Le gouvernement a supprimé tout ce qui nous permet de survivre,
mais nous ne bougerons pas car il s'agit de notre terre ancestrale.'
Bushman refusant de quitter la Réserve de gibier du Kalahari central
Deux ans après l'expulsion par le gouvernement du Botswana de centaines
de Bushmen gana et gwi de leurs terres ancestrales, les autorités
intensifient leurs exactions. Elles portent plainte contre un groupe de
Bushmen arrêtés alors qu'ils chassaient à proximité du camp de
relocalisation où le gouvernement les a parqués.
La chasse est l'unique alternative aux subsides gouvernementaux pour
les Bushmen enfermés dans les camps. Lors d'une rencontre récente avec
des parlementaires britanniques dans le camp de relocalisation de New
Xade, de nombreux Bushmen ont réaffirmé leur ferme intention de
retourner sur leur territoire, au sein de la Réserve de gibier du
Kalahari central (CKGR) où ils vivent depuis des milliers d'années. Les
autorités obligent les Bushmen qui souhaitent rendre visite à leurs
proches se trouvant toujours dans la Réserve à demander un permis
(formalité administrative impossible à effectuer pour la plupart des
Bushmen). Le gouvernement leur interdit également d'introduire dans la
Réserve des provisions d'eau pourtant indispensables.
Février 2004 marque le deuxième anniversaire de l'éviction des 700
derniers Bushmen gana et gwi et de leurs voisins, les Bakgalagadi, de
leurs terres sur la Réserve. En février 2002, après 15 années de
pression au cours desquelles la plupart des Bushmen avaient déjà été
expulsés de force, leur dernier puits a été détruit et ils ont été
contraints de démolir leurs huttes. La police et l'armée ont menacé les
Bushmen de les brûler vifs dans leur logement en cas de refus. Malgré
ces menaces, plusieurs douzaines de Bushmen et de Bakgalagadi ont
refusé de partir et sont restés sur leurs terres, ne disposant plus que
de l'eau de pluie et de celle extraite de certains tubercules.
Environ 2 500 Bushmen et Bakgalagadi vivent à présent dans deux
sinistres camps de relocalisation qu'ils nomment lieux de mort'.
Depuis les premières expulsions en 1997, les témoins ont constaté une
désintégration continue de la cellule familiale aux prises avec
l'alcoolisme et la dépression.
Récemment, à l'occasion de la visite d'un représentant de Survival dans le camp, un Bushman témoignait : Il
y a beaucoup d'alcoolisme et les gens ne mangent pas. Ils vont dans les
bars et boivent de la bière pour oublier leurs difficultés. Lorsqu'ils
vivaient encore dans la Réserve, les gens avaient un esprit et un corps
sains. Les fonctionnaires gouvernementaux ont introduit le Sida ici.
Nous ne connaissions pas ces maladies.'
Les gens s'ennuient et se sentent démunis parce qu'ils dépendent des
autorités pour la nourriture. De plus, les possibilités de chasse ou de
cueillette sur les terres stériles qui entourent les camps restent très
limitées. Un autre Bushman expliquait à Survival : Cela nous attriste
beaucoup. Nous nous sentons impuissants. Nous nous sentons comme des
ordures jetées à la poubelle.'
Nombreux sont ceux qui veulent retourner vivre sur leur territoire et,
malgré les violentes tentatives d'intimidation du gouvernement,
certains l'ont fait. La vie au sein de la Réserve est dure puisque les
Bushmen y sont interdits de chasse, de cueillette et de ramassage du
bois. De plus, depuis la destruction du puits, l'eau y est devenue une
denrée très rare. Seuls le courage et la force de caractère ont permis
à ces irréductibles de supporter la pression constante exercée par le
gouvernement pour les pousser à partir. L'un de ces Bushmen confiait il
y a peu à Survival : Le gouvernement a coupé l'eau mais je ne
partirai pas. Je me suis juré de continuer à vivre sur la terre de mes
ancêtres, là où ils sont enterrés et là où je suis toujours vivant'.
Le gouvernement maintient que les personnes déplacées sont volontaires,
mais récemment, le Premier ministre du Botswana en déplacement à
Londres faisait à un groupe d'étudiants cet aveu embarrassant : Nous
avons mis ces gens [les Bushmen] là où nous voulions qu'ils soient'.
Une fois les Bushmen expulsés en 2002, le gouvernement a quadrillé la
majeure partie de la Réserve en concessions destinées à la prospection
du diamant. De Beers et BHP Billiton en possèdent la plupart. De Beers
refuse de condamner le départ forcé des Bushmen. Le directeur général
de la filiale du Botswana a d'ailleurs publiquement salué cette
initiative.
Les Bushmen et les Bakgalagadi appellent la communauté internationale,
par le biais de Survival, à soutenir leur tentative de retour sur leur
territoire ancestral et leur droit à y vivre en toute tranquillité.