Remous autour du rapport de Survival sur les Innu

1 Mai 2000

Enfants innu
Enfants innu
©Adam Hinton/Survival

Le n° 26 de la revue Ethnies 'Un Tibet au Canada. La mort programmée
des Innu' est la traduction du rapport publié au Royaume-Uni sous le
titre ‘Canada's Tibet – the killing of the Innu' dans le but de
sensibiliser le Canada et l'opinion internationale à la situation
complexe et dramatique que connaissent les Innu.

Survival avait invité trois représentants innu – Napes Ashini,
Shapatish et Katneen Malak – à venir témoigner le 8 novembre dernier au
cours de la conférence de presse organisée à Londres pour le lancement
du rapport. Tragiquement, le fils de l'un d'entre eux se donnait la
mort au moment où son père s'envolait pour l'Angleterre. Ce fut une
terrible confirmation de l'enquête menée par les auteurs du rapport :
le taux de suicide des Mushuau Innu est le plus élevé du monde.

La plupart des journaux, chaînes de radio et de télévision du Canada
ont ‘couvert' l'événement. Le premier ministre, Jean Chrétien, en a
pris connaissance alors qu'il se rendait à la conférence des Etats du
Commonwealth en Afrique du Sud (où il qualifiera de ‘généreux' le
traitement des Innu par le Canada). Le Premier ministre de Terre-Neuve,
Brian Tobin a pour sa part organisé une conférence de presse pour
répondre aux accusations portées par Survival.

Bien qu'il soit évident que cette publication ait réussi à porter la
situation des Innu au sommet de l'agenda politique, aucun porte-parole
gouvernemental ne s'est risqué à aborder la principale conclusion du
rapport – à savoir que la politique canadienne de négociation des
revendications territoriales indigènes est fondamentalement opposée aux
intérêts des Innu. Grâce au battage médiatique, le gouvernement fédéral
et celui de Terre-Neuve ont très vite accepté de transférer aux Innu du
Labrador le contrôle de l'éducation  – une responsabilité que les
Innu réclamaient depuis des années. Mais la véritable attitude
officielle vis-à-vis des Innu s'est révélée dans la réponse des
autorités de Terre-Neuve envoyée aux milliers de membres de Survival
qui avaient écrit des lettres de protestation.

Le gouvernement nie vouloir forcer les Innu à négocier leurs
revendications territoriales alors qu'il promeut d'énormes projets de
développement industriel sur les terres mêmes que les Innu
revendiquent, mais il admet qu'il vient seulement de consulter les Innu
sur ces projets. Survival et les Innu ont demandé à ce que ces projets
soient suspendus jusqu'à ce que la question territoriale soit réglée – le fait d'accorder de larges parties de terres innu à des étrangers
alors que des négociations sont en cours sur cette même terre étant une
insulte au processus global. Le gouvernement justifie cette conduite en
affirmant que ‘suspendre le développement jusqu'à ce qu'elle [la
revendication territoriale] soit conclue priverait les Innu
d'opportunités et de revenus significatifs
.'

C'est cette attitude paternaliste qui consiste à prétendre savoir ce
que veulent les Indiens mieux qu'eux-mêmes (et tout le mal qui en
découle) que les Innu et les milliers de sympathisants de Survival
combattent.