![]() |
| Des enfants makuxi dans le village de Camará, Raposa Serra do Sol, Brésil.
©1996 Fiona Watson/Survival |
Là est toute ma vie, là se trouve mon âme. Si vous me privez de cette terre, vous me prenez ma vie.'
Marcos Veron, leader guarani-kaiowá , assassiné en janvier 2003.
Durant les deux premières semaines de l'année 2003, trois Indiens ont
été assassinés au Brésil. Derrière ces exactions se dissimule le
spectre du scandale des droits territoriaux : le Brésil demeure, avec
le Surinam, le seul pays d'Amérique latine à ne pas avoir encore
reconnu le droit des Indiens à posséder leurs terres. L'une des
victimes, Marcos Veron, s'était rendue en Europe il y a deux ans à
l'occasion du lancement du rapport de Survival : 'Dépossédés. Les
Indiens du Brésil' (paru en français dans Ethnies n° 28, Survival,
2001) qui abordait précisément cette question.
Marcos Veron était âgé de 70 ans, il était le chef de la communauté
guarani-kaiowá de Takuára. Durant une cinquantaine d'années, son peuple
a tenté de reconquérir des parcelles de sa terre ancestrale, après
qu'elle eût été spoliée par de riches propriétaires terriens et
transformée en une gigantesque ferme d'élevage. La plupart des forêts
qui autrefois recouvraient la région ont été rasées. En avril 1977,
lassé de s'être adressé en vain au gouvernement, Marcos vint s'établir
avec sa communauté sur les terres occupées par la ferme. Les Indiens
commencèrent à reconstruire leurs maisons et cultiver leurs propres
jardins. Mais le fermier qui occupait cette région intenta un procès et
un juge ordonna leur expulsion. En octobre 2001, plus d'une centaine de
policiers et de soldats lourdement armés forcèrent les Indiens à
quitter leur terre une fois de plus. Ils finirent par s'installer sous
des bâches en plastique le long de la route.
Alors qu'il était encore à Takuára, Marcos avait déclaré : 'Là est toute ma vie, là se trouve mon âme. Si vous me privez de cette terre, vous me prenez ma vie.'
Ses paroles prophétiques se sont révélées tragiquement exactes quand,
au cours d'une nouvelle tentative pacifique pour réoccuper sa terre, il
fut sauvagement frappé par des employés de la ferme. Il mourut quelques
heures plus tard.
L'assassinat de Marcos est le troisième perpétré à l'encontre d'Indiens
depuis le début de l'année. Quelques jours plus tôt, une vieil homme
kaingang, Leopoldo Crespo, avait été violemment attaqué et tué par un
groupe de jeunes dans l'État de Rio Grande do Sul; tandis que le corps
carbonisé et grossièrement enterré d'un Indien macuxi, Aldo da Silva
Mota, avait été trouvé dans une ferme de l'État du Roraima, au nord du
Brésil. Les Makuxi luttent depuis de nombreuses années pour recouvrer
leurs terres; comme les Guarani, ils sont confrontés à une farouche
opposition des fermiers qui aujourd'hui possèdent' la terre.
Un immense espoir naquit l'an dernier au sein des communautés indiennes
du Brésil lorsque le Congrès approuva la ratification de la Convention
169 de l'Organisation internationale du Travail. Cette législation
internationale, la plus importante concernant les droits des peuples
indigènes, contraint les gouvernements à identifier les terres
traditionnellement occupées par eux et garantit la protection effective
de leurs droits de propriété et de possession. Cependant, aucune mesure
gouvernementale de mise en application de cette disposition
internationale n'a été prévue dans la législation brésilienne,
compte-tenu du refus historique du pays de ne rien faire de plus que de
créer des réserves pour que les Indiens puissent y vivre, des réserves
dont les limites peuvent être modifiées ou réduites à n'importe quel
moment.
Les Makuxi savent parfaitement combien ce sytème actuel les rend
vulnérables : bien qu'une grande partie de leur territoire ancestral de
Raposa-Serra do Sol ait été démarqué' à leur intention, un ministre a
signé une loi visant à le réduire et des éleveurs locaux ont contesté
cette démarcation. En raison de cette opposition, la démarcation n'a
pas encore été officiellement ratifiée et les Makuxi continuent à
souffrir de l'invasion et des agressions des colons et des chercheurs
d'or.
Alors que ces assassinats étaient perpétrés, un nouveau président
entrait en fonction au Brésil. Les Indiens, leurs amis et sympathisants
du monde entier espèrent que ce dernier prendra les mesures nécessaires
pour rétablir une injustice qui règne depuis plusieurs siècles.