Des bulldozers pénètrent au cœur du territoire d’Indiens isolés

29 Septembre 2003

Des Ayoreo-Totobiegosode dans un camp des New Tribes Mission, huit ans après y avoir été emmenés.
Des Ayoreo-Totobiegosode dans un camp des New Tribes Mission, huit ans après y avoir été emmenés.
©Jonathan Mazower/Survival

‘Même si vous ne nous connaissez pas, continuez à nous aider, parce que nous avons besoin de nos terres traditionnelles.' Erui Etacori

Ces dernières semaines, des bulldozers ont pénétré au cœur du
territoire d'Indiens non contactés du Paraguay. Cette action illégale
menace gravement la survie de quelques-uns des derniers Indiens isolés
du bassin amazonien.

Membres du groupe ayoreo-totobiegosode, ces Indiens ont déjà presque
certainement abandonné leurs maisons collectives et leurs jardins pour
se réfugier au fin fond de la forêt. Parojnai Picanerai, un
Totobiegosode qui a quitté sa forêt en 1998, a raconté à des
représentants de Survival son souvenir de l'arrivée des bulldozers : ‘Nous
étions convaincus que ces engins pouvaient nous apercevoir… nous
pensions que les bulldozers convoitaient nos jardins et allaient non
seulement dévorer nos légumes et nos fruits, mais nous aussi.' Ibore,
sa femme a ajouté : ‘ Nous dûmes laisser toutes nos affaires derrière
nous et nous nous mîmes à courir, courir, couri
r.'

Depuis 1991, il y eut au moins huit cas connus de confrontation entre
les conducteurs de bulldozers à la solde des propriétaires terriens
locaux et les Totobiegosode. La plupart de ces contacts ont provoqué la
fuite précipitée des Indiens qui abandonnent à chaque fois maisons,
jardins et biens pour aller se réfugier dans une autre partie de la
forêt.

Chasseurs-cueilleurs nomades, les Totobiegosode, s'établissent dans de
petits hameaux collectifs durant plusieurs mois. En dehors de la
culture du maïs, de la courge et du haricot, ils dépendent pour leur
subsistance de la riche faune sauvage du Chaco, région de forêts
broussailleuses et de prairies du Paraguay occidental. Ils y chassent
porcs sauvages, tapirs, tortues et tatous et récoltent l'abondant miel
sauvage.

D'autres Totobiegosode furent brutalement expulsés de la forêt dans les
années 1970 et 1980 au cours de véritables chasses à l'homme,
organisées avec le soutien des missionnaires fondamentalistes
nord-américains de New Tribes Mission (Mission Nouvelles Tribus) qui
avaient une base dans la région. Ces Indiens sont extrêmement inquiets
du sort de leurs proches parents restés dans la forêt. Avec
l'assistance d'une ONG paraguayenne, le groupe de soutien aux
Totobiegosode (GAT), ils soumirent en 1993 une revendication
territoriale sur 550 000 hectares, la plus grande partie de forêt
restée intacte et partie intégrante du territoire totobiegosode. Toutes
ces terres, ainsi que le reste du Chaco paraguayen, ont été cédées il y
a une centaine d'années à des propriétaires terriens privés et cette
région est aujourd'hui ouverte à une rapide déforestation et à
l'élevage.

La totalité de la zone revendiquée est protégée par des arrêts de
suspension obtenus par le GAT qui empêchent les propriétaires terriens
d'exploiter ces terres ou de les vendre à quiconque sauf au
gouvernement. Malgré les efforts des propriétaires terriens pour les
lever, les arrêts de suspension sont toujours en vigueur.

Après une décennie de lobbying, le gouvernement a fini par acheter aux
propriétaires terriens environ un quart des terres revendiquées et les
a restituées aux Totobiegosode. Il subsiste cependant, au cœur du
territoire revendiqué, une petite parcelle encore entre des mains
privées : la compagnie Carlos Casado. Fin septembre dernier, défiant
les arrêts de suspension, cette dernière a envoyé des bulldozers géants
défricher d'immenses pistes le long des limites de sa propriété. Cette
initiative fait craindre les préparatifs de vente de cette parcelle, ce
qui serait également illégal.

Une autre compagnie qui possède également des terres, Luna Park, a mené
de semblables opérations l'an dernier : ses pistes pénètrent maintenant
au cœur même du territoire Totobiegosode. Selon nos sources
d'information, la compagnie avait engagé 300 hommes pour commencer
l'abattage de la forêt, mais les centaines de lettres envoyées par les
sympathisants de Survival ont convaincu les autorités de mettre un
terme à cette opération. Une action similaire est nécessaire
aujourd'hui pour sauvegarder le territoire des Totobiegosode.