La destruction planifiée des Bushmen

18 Février 2002

Femme bushman, Réserve du Kalahari, Botswana, 2004.
Femme bushman, Réserve du Kalahari, Botswana, 2004.
©Stephen Corry/Survival

‘Nous savons tous que cette terre appartenait à nos ancêtres – c'est
là que se trouvent leurs tombes. Mais parce que nous sommes des
Bushmen, on veut maintenant nous en priver
.' Une femme bushmen, Gope

Le gouvernement botswanais a intensifié sa campagne visant à chasser
les Bushmen gana et gwi de leur territoire ancestral, la réserve du
Kalahari central, en leur supprimant l'approvisionnement en eau.
Survival l'enjoint de revenir sur cette décision qui pourrait entraîner
leur disparition.

Les Gana et les Gwi vivent sur cette terre depuis des temps immémoriaux
et la réserve du Kalahari central a été conçue dans les années 1960
comme un refuge pour eux. Mais depuis 16 ans, le gouvernement
botswanais mène une campagne de harcèlement pour les en chasser.

Les autorités ont réduit drastiquement les activités de chasse des
Bushmen dont ils dépendent pour survivre : des Bushmen ont même été
torturés et emprisonnés pour avoir prétendument 'trop chassé'. Des
maisons bushmen ont été rasées au bulldozer et leurs habitants déportés
dans des camps misérables dits de 'relocalisation' où ils ne peuvent ni
chasser ni pratiquer la cueillette, les rendant complètement dépendants
des subsides gouvernementaux et générant ennui, alcoolisme et
désespoir. Un Bushmen a décrit ces camps comme le 'lieu de la mort'.

Le gouvernement veut maintenant forcer les peuples Gana et Gwi demeurés
dans la réserve à s'exiler dans ces camps, en démontant la pompe de
l'unique puits qui leur assure l'approvisionnement en eau. Le
gouvernement a pourtant une obligation légale d'approvisionner en eau
les communautés les plus reculées du pays. Les Bushmen sont devenus
dépendants de ces services car les troupeaux des ranchs voisins ont
empiété sur leurs territoires, consommant beaucoup d'eau et réduisant
la capacité des Bushmen à se déplacer dans le désert pour en trouver.

Un tel comportement n'est pas étranger aux Bushmen. Premiers habitants
de l'Afrique méridionale, où ils vivent depuis plus de 20 000 ans, ils
ont eu à subir l'invasion des éleveurs bantous qui ont migré dans cette
région il y a 1 500 ans. Ceux-ci méprisaient ce peuple de chasseurs qui
n'élevaient pas de bétail, les considérant comme des sous-hommes.


La colonisation blanche en provenance du Cap, il y a 200 ans, a
dramatiquement aggravé l'oppression subie par les Bushmen. Ceux-ci
étaient chassés et tués et les Bushmen capturés étaient réduits en
esclavage dans les fermes des Blancs. Le génocide qui s'ensuivit fit
probablement disparaître des millions d'entre eux. Aujourd'hui sur les
100 000 Bushmen qui ont survécu au génocide, environ 50 000 vivent au
Botswana. Parmi eux, les Gana et les Gwi ont réussi à maintenir un mode
de vie autonome dans lequel la chasse occupe une place centrale.

Mais les Gana et les Gwi pourraient bientôt disparaître si le
gouvernement poursuit cette politique. Il prétend qu'il met fin à
l'approvisionnement en eau pour des raisons financières. Or celui-ci ne
coûte que 3$ par personne et par semaine et le Botswana, le plus grand
exportateur de diamants au monde, peut facilement en assumer les coûts.
De plus l'Union européenne a proposé de prendre en charge
l'approvisionnement en eau dans le cadre d'une large contribution
financière aux parcs nationaux botswanais. Le Botswana a jusqu'alors
ignoré cette proposition.

De nombreux observateurs pensent que la détermination du gouvernement
n'est guidée que par I'extraordinaire potentiel minier et touristique
de la région et par sa vision raciste des Bushmen que le président du
Botswana lui-même a qualifiés de ‘créatures primitives' vivant encore à
‘l'âge de pierre'. Certains de ses ministres ont même été jusqu'à
insinuer que leur besoin de 'civilisation' était tel qu'il fallait
qu'ils sortent de la réserve pour pouvoir 'conduire de puissantes
voitures'.

Les Gana et les Gwi ont le droit de décider eux-mêmes de leur mode de
vie; ils ont également le droit de demeurer sur leurs propres terres
qui, selon la législation internationale, leur appartiennent. Ils ont
fait appel à Survival et à la communauté internationale pour les
soutenir dans leur lutte territoriale. Le gouvernement botswanais doit
mettre fin à cette politique qui va  les anéantir.