Les diamants apportent le désespoir aux Bushmen

1 Septembre 2002

Enfants bushmen, Namibie.
Enfants bushmen, Namibie.
©Mark Håkansson/Survival

‘Pourquoi devrais-je partir? Ils me tueraient pour avoir ma terre…
On nous opprime jusqu'à ce que nous mourions, et bientôt il ne restera
plus personne
' Mogetse Kaboikanyo, mort en juin 2002 après avoir été forcé de quitter sa terre.

Les derniers Bushmen du désert du Kalahari ont été brutalement arrachés
à leur terre et jetés dans des camps de regroupement. À moins qu'ils ne
soient autorisés à rentrer chez eux, leur culture millénaire va
disparaître. En arrière-plan des actions du gouvernement se cachent un
racisme profondément ancré et la perspective des richesses que
procureront les diamants du sous-sol de la terre des Bushmen.

Les Bushmen gana et gwi et leurs voisins les Bakgalagadi sont les
habitants originels du Kalahari central. Mais durant les 200 dernières
années, les Bantou, peuples majoritaires au Botswana, et les colons
blancs ont de plus en plus empiété sur leurs terres. En 1961, dans le
but de protéger leur terre, fut créée la ‘Réserve de gibier du Kalahari
central', nom choisi pour éviter les controverses qu'aurait soulevées
l'appellation de ‘territoire bushman'.

En 1966, le Botswana obtint son indépendance et peu après furent
découverts d'énormes gisements de diamants hors de la réserve. Le
Botswana est maintenant un pays riche et le plus grand exportateur
mondial de gemmes. Dans les années 1980, la recherche intensive du
diamant commença à l'intérieur de la réserve bushman.

En 1986, le gouvernement décida officiellement d'une politique de
déplacement des Bushmen dans des camps de ‘relocalisation' situés hors
de la réserve, appelés New Xade et Kaudwane.

Très vite, les difficultés commencèrent pour les Gana, les Gwi et les
Bakgalagadi. Alors qu'ils vivaient de chasse et de cueillette depuis
des millénaires on leur annonça que la chasse sans permis était
illégale et qu'ils devaient solliciter une autorisation, à l'instar des
tour opérators qui organisaient des safaris pour les riches touristes.
Les persécutions augmentèrent et nous avons connaissance de plusieurs
cas, bien documentés, de tortures infligées par des fonctionnaires. Les
familles étaient constamment sous pression pour rejoindre les camps de
relocalisation; lors d'une réunion le ministre du gouvernement local
déclara aux Bushmen : ‘Je ne suis pas venu pour vous dire autre chose que vous devez vous en aller, parce que cet endroit est réservé à la vie sauvage'.

À cette époque au moins deux importants gisements de diamants furent
localisés à l'intérieur de la réserve, près des villages bushmen de
Gope et de Gugama. Les prélèvements à Gope, en 1997, révélèrent un
gisement décrit par des industriels comme ‘le meilleur nouvel objectif
du Kalahari'.

Vers la fin de la même année, les fonctionnaires déplacèrent de force
plus de 1 000 Bushmen, chargeant dans des camions les gens et leurs
maisons démolies. Tout le village de Xade, qui possédait un
dispensaire, une école primaire, une arrivée d'eau, fut détruit. La vie
de la population qui arrivait dans les camps se transformait en une
vie  d'assistés, de désœuvrés et de désespérés. L'alcoolisme et la
violence sévissaient. Beaucoup de Bushmen tentèrent de retourner dans
la Réserve, certains y  réussirent.

Au début de 2002, moins d'un millier de Bushmen demeuraient encore sur
leur terre. En février, lors d'une opération supervisée par un général
à la retraite, les camions y pénétrèrent, la pompe à eau fut désamorcée
et les réservoirs d'eau vidés. (Le bétail des fermes voisines
consommant la plus grande partie de l'eau disponible et ayant fait
baisser le niveau de la nappe phréatique, les Bushmen dont le
territoire est désertique, dépendent désormais de l'eau pompée dans les
trous d'eau). Presque tous ont été déportés par camion; certains ont
été menacés d'être brûlés dans leurs maisons s'ils résistaient au
départ.

Survival pense que les gisements de diamants sont la principale raison
de ces expulsions. Selon le droit international, les Bushmen sont les
légitimes propriétaires de leur terre. Il est probable qu'aux yeux du
gouvernement, cela rend risquée l'exploitation future des mines. De
Beers, la puissante compagnie qui exploite en partenariat avec le
gouvernement les plus grosses mines de diamants du pays, affirme
qu'elle n'a aucun projet sur les mines de Gope ‘dans un avenir
prévisible'; présentement, devant l'abondance de l'offre, il ne serait
évidemment pas rentable d'exploiter de nouvelles mines. Actuellement
elle déclare les gisements de Gope ‘sous-économiques' : en 1997,
toutefois, elle avait admis qu'ils étaient ‘modérément importants'. De
Beers n'a pourtant jamais abandonné sa concession.