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| Une femme ayoreo-totobiegosode dans un camp des New Tribes Mission
©Jonathan Mazower/Survival |
Nous ne voulons pas perdre notre territoire traditionnel qui est celui où vivaient nos ancêtres'. Gabide, leader totobiegosode
Les derniers Indiens non contactés du sud-amazonien subissent des
pressions de toutes parts. Leur territoire étant progressivement
envahi, ils n'ont plus d'endroit où trouver refuge. Cependant, si le
gouvernement paraguayen agit rapidement, ces Indiens pourront conserver
leur terre et échapper aux épidémies qui les menacent.
Ces Indiens appartiennent au groupe des Ayoreo (5 000 personnes) qui
jadis occupaient une grande partie de la région située au nord du
Paraguay et au sud-est de la Bolivie. Cette région fait partie du
Chaco, une zone constituée de forêts clairsemées et broussailleuses, de
prairies et de marécages. Les Ayoreo sont des chasseurs-cueilleurs
dépendant étroitement des abondantes ressources naturelles de leur
territoire ancestral. Ils chassent des cochons sauvages et des tatous,
récoltent le miel sauvage et cultivent des courges, du blé et des
haricots durant la saison humide.
Au cours du siècle dernier, la plupart des terres ayoreo ont été
envahies par des étrangers. Au Paraguay, des fermiers ont détruit les
forêts pour y exploiter les essences rares et installer des ranchs
d'élevage. A partir des années 1920, des milliers de Mennonites
(immigrants germanophones fuyant les persécutions religieuses d'Europe)
établirent des colonies dans le Chaco; leurs ranchs et leurs fermes
laitières attirèrent à leur tour des spéculateurs fonciers, dont les
compagnies détiennent aujourd'hui des titres sur la plus grande partie
du territoire ayoreo.
Les plus récents arrivants sont les missionnaires fondamentalistes
nord-américains de New Tribes Mission (NTM – Mission Nouvelles Tribus)
qui ont tenté de convertir les Ayoreo après s'être établis dans une
colonie appelée Campo Loro.
En 1979 et 1986, des Indiens 'évangélisés', soutenus par NTM, furent
envoyés dans la forêt pour capturer des Totobiegosode ('les gens du
lieu du cochon sauvage') un groupe d'Ayoreo non contactés. Au moins
cinq des Ayoreo 'évangélisés' périrent au cours de ces expéditions,
tandis que les Indiens non-contactés tentaient de se défendre.
Plusieurs de ceux qui furent amenés à Campo Loro moururent, peu après
leur arrivée, de maladies qu'ils avaient contractées à la suite du
contact. Les campagnes de Survival et d'autres ONG réussirent à mettre
un terme à ces 'chasses à l'homme'.
Un nombre inconnu d'Ayoreo-Totobiegosode demeure dans la forêt,
résistant activement au contact avec l'extérieur. A partir d'indices
tels que des traces de pas ou des huttes abandonnées, on estime que de
nombreux groupes familiaux vivent encore isolés dans une très vaste
région.
En 1993, les Ayoreo-Totobiegosode qui avaient été forcés de quitter
leur forêt ont exigé du gouvernement des titres de propriété au nom de
leurs parents restés sur leur territoire.
Avec l'assistance d'une ONG locale, le groupe de soutien aux
Totobiegosode, les Indiens ont revendiqué des titres de propriété sur
plus de 550 000 hectares de leur territoire, moins du cinquième de leur
territoire ancestral (2,8 millions d'hectares).
Depuis leur revendication, le gouvernement a accordé aux Indiens des
titres sur 67 400 hectares, et promis 116 000 hectares de plus. Par
ailleurs, l'ensemble des 550 000 hectares du territoire a été gelé,
interdisant aux propriétaires terriens, fermiers et autres colons
d'abattre la forêt ou d'y mener d'autres activités. Mais malgré ces
injonctions, il y eut récemment une dangereuse vague d'incursions,
certaines d'entre elles forçant les Totobiegosode à fuir et à
abandonner leurs maisons qui ont été retrouvées vides.
En juin dernier, des bulldozers ont tracé un chemin dans la forêt au
sud-est du territoire indien, sur la terre appartenant aux compagnies
Veragilma et Falabella. Les voies étaient tracées pour donner accès aux
arbres palo santo', des essences rares. Simultanément, les autorités
du gouvernement régional du Haut Paraguay sont en train d'encourager la
colonisation de ces terres. Un immense tronçon de route a également été
ouvert au bulldozer par des colons mennonites sur le domaine de Yvy
Pora, perturbant les Totobiegosode de la région qui ont finalement fui.
D'autres voies ont aussi été ouvertes sur les ranches Nieto et
Gorostiaga, au sud et à l'ouest du territoire ayoreo.
Les Ayoreo-Totobiegosode qui fuient les incursions sur leur territoire
depuis des décennies, ont clairement signifié qu'ils refusaient tout
contact : en 1994 et 1998, ils lancèrent des flèches sur les bulldozers
qui opéraient sur leur terres. Si l'abattage de leur forêt – qui est
illégal – continue, les Ayoreo isolés seront confrontés aux graves
dangers que représentent les conflits violents ou les maladies contre
lesquelles ils n'ont pas d'immunité.