Des Indiens non contactés menacés de génocide

31 Mai 2005

Des enfants yanomami à Demani, Brésil.
Des enfants yanomami à Demani, Brésil.
© ©Milton Guran/Survival

‘Assister à l'anéantissement d'un peuple sans même lui donner une chance de protester est un scandale'.
Un fonctionnaire de la FUNAI

Au plus profond de la forêt amazonienne, un petit groupe d'Indiens non
contactés est en déroute, cherchant à échapper aux tronçonneuses et aux
bulldozers des exploitants forestiers qui envahissent leurs terres. Ces
Indiens luttent pour leur survie en fuyant tout contact avec le monde
extérieur. Si des mesures urgentes ne sont pas prises afin de protéger
ces Indiens et leurs terres de l'invasion, ils disparaîtront à tout
jamais. Il s'agira indiscutablement d'un génocide.

On sait très peu de choses sur ce groupe vivant à la frontière des
Etats du Mato Grosso et d'Amazonas et dont les membres sont communément
appelés ‘Indiens du Rio Pardo'. Ils pourraient être les derniers
survivants de leur peuple ou bien être apparentés à l'un des nombreux
groupes de la région qui les surnomment ‘baixinhos' (le petit peuple)
ou ‘cabeças vermelhas' (les têtes rouges). Des signes et des rumeurs
sur leur présence dans la région abondent depuis les années 1980. Des
Indiens arara voisins ont rapporté les avoir entendus la nuit, imitant
le cri des animaux près de leurs villages. Des colons et des mineurs
ont rencontré leurs habitations abandonnées. La Funai, le département
brésilien des affaires indiennes, détient d'inquiétantes preuves selon
lesquelles des exploitants de bois lourdement armés pourchasseraient
les Indiens. Un enquêteur de terrain a déclaré à Survival : ‘Les
exploitants de bois vont exterminer les Indiens, ils vont les abattre à
coups de fusil'.

En 1998, la FUNAI envoya une équipe dans la zone et, tout au long des
années suivantes, repéra plusieurs villages abandonnés. L'an dernier,
des machettes et des couteaux que l'équipe y avait laissés à
l'intention des Indiens avaient disparu, signe qu'ils les avaient
emportés.

Tout semble indiquer que les Indiens sont constamment en mouvement.
Leurs malocas (maisons communautaires) abandonnées contiennent des
ustensiles de première nécessité : flèches, paniers remplis de noix et
hamacs en fibres végétales. Des traces de pas ont été aperçues le long
de la rivière, où des fruits et des noix étaient encore en train de
détremper dans des paniers.

L'absence de terres cultivées laisse penser que les Indiens ne
survivent que grâce à la chasse et à la cueillette, ne restant jamais
très longtemps au même endroit. On craint que cette pression constante
ne contraigne les femmes à ne plus procréer, ce qui réduit d'autant les
chances de survie du groupe.

En mai 2001, la FUNAI obtenait la promulgation d'une ordonnance
interdisant à quiconque de pénétrer dans le ‘territoire indigène du Rio
Pardo'. Cela signifiait qu'une zone de 166 000 hectares était réservée
pour les Indiens, le temps que la Funai tente de les localiser et
d'estimer leur nombre. Malgré cela, des exploitants de bois, des colons
et autres accapareurs de terre investissent la région et la pression
sur les terres indiennes ne fait qu'augmenter. Les compagnies
d'exploitation forestière sont parvenues, à plusieurs reprises, à faire
révoquer l'ordonnance protégeant le territoire sur lequel elles ont
déjà construit une route et des pistes, l'une de ces compagnies étant
installée en plein cœur de la réserve. Une fois la forêt abattue, les
terres sont occupées par des fermiers qui y cultivent le soja ou les
transforment en pâturages. De plus, les routes et les pistes tracées
par les compagnies forestières facilitent l'arrivée des colons et
autres accapareurs de terres.

Dans une course contre la montre, la Funai a décidé qu'il n'y avait
plus d'autre alternative que d'établir le contact avec les Indiens
désormais exposés aux dangers de la violence et des maladies contre
lesquelles ils n'ont aucune immunité. En mars dernier, les compagnies
forestières ont pourtant à nouveau réussi à faire annuler par un
tribunal l'ordonnance de la Funai. Celle-ci a toutefois été rétablie
par un juge en mai dernier. Sydney Possuelo, chef du département des
Indiens isolés de la FUNAI, a affirmé : ‘Les Indiens seront anéantis si
nous n'agissons pas maintenant'. Le gouvernement et les tribunaux
brésiliens doivent faire observer la Constitution qui garantit aux
peuples indigènes des droits sur leurs terres, et procéder d'urgence à
leur démarcation et ratification.

Si les autorités brésiliennes ne parviennent pas à protéger les Indiens
du Rio Pardo et à arrêter l'exploitation forestière, c'est un nouveau
groupe indien du Brésil qui appartiendra au passé. L'anéantissement
d'un peuple, quelle que soit sa taille, relève manifestement du
génocide.


Écrivez une lettre brève et courtoise (en français ou en portugais) en vous inspirant du modèle ci-après ou écrivez librement.

Je suis très préoccupé par la situation des Indiens non contactés de la
région indigène du Rio Pardo dans l'Etat du Mato Grosso. Les Indiens
isolés qui y vivent sont menacés de disparition devant l'invasion de
leurs terres par les compagnies d'exploitation forestière. Je vous prie
instamment de faire tout ce qui est en votre pouvoir pour protéger et
ratifier ce territoire. Le département des Indiens isolés de la FUNAI
est lui-même persuadé que si les tribunaux et le gouvernement
n'agissent pas immédiatement, les Indiens disparaîtront totalement et
un nouveau peuple indigène du Brésil appartiendra au passé.

Márcio Thomáz Bastos
Ministro da Justiça    
Ministério da Justiça        
Esplanada dos Ministérios    
Bloco T    
70064-900    
Brasilia DF    
Brésil    
Fax: +55 61 224 2448/ 322 6817 /224 0954    
Email: gabinetemj@mj.gov.br

et si possible une copie à :
Dr Mércio Pereira Gomes    
Président
FUNAI        
SEP Quadra 702 Sul    
Edificio Lex,
Bl A,  3º andar    
70390-025    
Brasília DF    
Brésil
Fax: +55 61 226 8782
Email: mercio.gomes@funai.gov.br