Chaos à la Cour – l’avocat du gouvernement ‘arrêté’ – la Réserve des Bushmen bouclée

1 Septembre 2005

Enfant bushman, Réserve du Kalahari, Botswana, 2004.
Enfant bushman, Réserve du Kalahari, Botswana, 2004.
©2004 Stephen Corry/Survival

Lors du procès intenté par les Bushmen, la Cour a ordonné hier
l'arrestation et l'incarcération du principal avocat du gouvernement.
Au cours d'une des scènes les plus extraordinaires jamais observée
devant une Haute Cour de justice, l'avocat Sidney Pilane, refusant
qu'un officier de police porte la main sur lui, s'est enfui à bord d'un
véhicule conduit par le directeur adjoint des Parcs, un témoin cité par
le gouvernement. Parallèlement, le gouvernement a annoncé la fermeture
de la Réserve bushman aux visiteurs pour ‘raisons administratives'.
 
En tant que conseiller spécial du président Mogae, Sydney Pilane a sans
doute estimé qu'il était au-dessus de la justice nationale. Il a
obstinément refusé de se lever lorsque les juges s'adressaient à lui.
Par deux fois, les juges lui ont signifié qu'il serait cité pour
outrage s'il ne s'exécutait pas. En refusant, il ne laissait pas
d'autres alternatives à la Cour que de l'envoyer en prison. La Cour a
alors ordonné son arrestation immédiate et l'a convoqué lundi matin.
Tel fut l'aboutissement de l'interrogatoire par M. Pilane du témoin à
charge Kathleen Alexander, expert vedette de l'Etat, écologiste
américaine et ex-employée du gouvernement botswanais. M. Pilane
l'interrogeait sur des faits que la Cour avait déjà décidé de ne pas
discuter. (Voir le compte-rendu de cette matinée ci-dessous).
 
Mme Alexander n'a jamais caché son mépris pour les peuples indigènes et
les chasseurs-cueilleurs. Elle souhaite les voir quitter les régions
protégées afin d'y privilégier la faune sauvage. En réponse aux
remarques du président, elle a déclaré qu'ils devaient évoluer,
affirmant que la ‘culture' n'avait rien à voir avec la terre ancestrale
et qu'ils pouvaient la pratiquer n'importe où. Elle a entre autres
comparé la consanguinité des animaux à ‘ce qui se passe parmi l'élite
dirigeante anglaise. La famille royale serait soudée et ne se
mélangerait pas'. Bien qu'elle affirme vouloir éloigner quiconque des
zones protégées, elle donne elle-même des conférences aux touristes
américains dans les réserves naturelles qui paient 10 000 dollars leur
voyage, pourboires en sus.
 
Réagissant au fait que l'un des avocats des Bushmen soit britannique et
que leur défense soit financée par des fonds internationaux, M. Pilane
a déclaré la semaine dernière : ‘Nous ne voulons pas que l'Europe
interfère et nous dise ce qu'il faut faire ou ne pas faire. Nous
n'apprécions pas leur ingérence dans nos affaires. Ces gens devraient
nous laisser tranquilles'. Le procès des Bushmen est d'ores et déjà le
plus long et le plus coûteux de l'histoire du pays bien qu'il ait été
intenté par ses habitants les plus pauvres.
 
Une violente offensive à l'encontre des Bushmen a été dénoncée par
Survival la semaine dernière. L'un des Bushmen récemment torturés est
décédé, d'autres ont été arrêtés, leur propre organisation a été
interdite d'accès dans leur Réserve, ainsi que leurs avocats. Des
gardes forestiers ont été postés autour de la Réserve afin d'empêcher
les Bushmen de rentrer chez eux. Le gouvernement a même modifié la
Constitution, supprimant la protection que cette dernière leur
accordait.
 
Aujourd'hui, le gouvernement renforce sa détermination à expulser les
Bushmen et à détruire leur mode de vie en annonçant que, jusqu'à nouvel
ordre, plus aucun visiteur ne sera admis dans la Réserve pour ‘raisons
administratives'. Les Bushmen, qui ont défié le gouvernement en
retournant vivre sur leur terre après en avoir été expulsés en 2002,
n'ont plus le droit d'utiliser leurs émetteurs-récepteurs pour
communiquer avec le monde extérieur. Désormais, le sort des Bushmen
dans la Réserve se joue à huis clos. Le gouvernement est manifestement
irrité par l'attention des médias internationaux qui ont largement
rendu compte de son attitude vis-à-vis des Bushmen. Les derniers
journalistes à se rendre dans la Réserve ont été ceux du prestigieux
programme d'informations télévisées de la BBC, ‘Newsnight'.
 
En réponse à ces derniers événements, Survival appelle aujourd'hui au
boycott général du tourisme au Botswana et de ses diamants extraits et
commercialisés par le gouvernement et la compagnie De Beers.
 
Stephen Corry, directeur de Survival International, a déclaré aujourd'hui : ‘L'Histoire
est en train de s'écrire. La destruction de tant d'Amérindiens et
d'Aborigènes australiens constitue l'un des chapitres les plus honteux
de notre histoire récente. Si le gouvernement du Botswana ne revient
pas rapidement à la raison, ce siècle verra la destruction programmée
et délibérée des Bushmen du Kalahari. Malheureusement, aucun signe
positif n'est en vue. Le gouvernement est en procès dans son propre
pays. Son propre avocat se dérobe à la justice. Si la Cour fléchit, ce
procès mettra un terme définitif à l'existence des Bushmen gana et gwi.
Leur dernier espoir repose probablement sur l'opinion internationale,
la plus ‘Haute Cour' qui soit.
'

Pour plus d'informations
Magali Rubino  01 42 41 44 10
magali@survivalfrance.org
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Rappel des faits concernant l'arrestation de l'avocat du gouvernement le 1er septembre 2005 :
 
1-   En juillet 2005, Kathleen Alexander et plusieurs
représentants de l'Etat se sont rendus dans la Réserve du Kalahari afin
d'y mener une mission d'inspection.
2-   Les avocats des Bushmen n'ont pas été prévenus de cette
visite et n'ont pas eu la possibilité de conseiller leurs clients sur
leur éventuelle coopération avec Mme Alexander et les représentants
officiels.
3-   Les avocats des Bushmen ont demandé à ce que tout
témoignage de Mme Alexander lié à cette inspection soit refusé. Leur
objection ayant été accordée le 30 août, Mme Alexander n'était donc pas
autorisée à parler de ce qu'elle prétendait avoir constaté en juillet.
4-   Le 1er septembre, Mme Alexander se trouvait dans le box
des témoins depuis sept jours et répondait encore aux questions de M.
Pilane. Interrogée sur la présence d'animaux malades dans la Réserve,
elle a répondu positivement. Afin de déterminer si cette déclaration
n'allait pas à l'encontre de la décision du 30 août, l'avocat des
Bushmen a alors demandé à M. Pilane de préciser la date à laquelle le
témoin certifiait avoir vu des animaux malades.
5-   M. Pilane refusant de répondre, la Cour a alors demandé
à Mme Alexander de préciser la date à laquelle elle avait observé des
animaux malades. Elle a répondu : ‘en juillet'.
6-   M. Pilane a demandé une suspension de séance de cinq
minutes qui lui a été accordée. Il n'est revenu dans la salle que
lorsque les juges eurent regagné leurs sièges.
7-   Il y eut alors une conversation entre la Cour et M.
Pilane durant laquelle celui-ci resta assis. Prié de se lever, il
refusa obstinément de s'exécuter. Averti à deux reprises qu'il risquait
de comparaître pour outrage, il a nié avoir offensé la Cour. Cette
dernière l'a alors jugé coupable d'outrage et déclaré qu'il devait être
arrêté et emprisonné sur le champ, le convoquant lundi matin à 9h30 en
même temps que le procureur. La Cour a ordonné à plusieurs officiers de
police d'arrêter M. Pilane mais ce dernier a refusé de les suivre et a
quitté la Cour à bord d'un véhicule du gouvernement.