Les Indiens isolés du Brésil

En danger d’extinction

Au cœur de la forêt amazonienne du Brésil vivent des Indiens qui n’ont aucun contact avec le monde extérieur.

Les bûcherons illégaux et les éleveurs envahissent leurs territoires et introduisent des maladies. Si aucune mesure de protection n’est prise de toute urgence, ils ne survivront pas.

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Ces Indiens isolés ont fait la une des média en février dernier.
Ces Indiens isolés ont fait la une des média en février dernier.
© G. Miranda/FUNAI/Survival

L’Amazonie brésilienne abrite le plus grand nombre de tribus isolées au monde. La FUNAI, le département des affaires indigènes du gouvernement brésilien, estime leur nombre à plus d’une centaine.

Leur volonté de ne pas établir de contact avec les autres tribus ou avec le monde extérieur résulte très certainement de rapports antérieurs désastreux, de l’invasion continue de leurs territoires et de la destruction de leur environnement forestier.

Par exemple, les groupes isolés résidant dans l’Etat de l’Acre sont probablement des survivants de l’époque du boom du caoutchouc, durant laquelle de nombreux Indiens furent réduits en esclavage

Un étranger dans la forêtPremier contact en Amazonie: les Indiens du Brésil se remémorent leurs expériences de contact et les dangers qui s’en sont suivis.

Il est probable que les survivants s’échappèrent par les rivières. Le souvenir des atrocités commises contre leurs ancêtres demeure profondément ancré dans leur esprit.

On sait très peu de choses de ces personnes. Ce que nous savons avec certitude est leur volonté de rester isolés. Elles accueillent les étrangers ou les avions qui les survolent avec des volées de flèches, ou elles évitent tout simplement le contact en se cachant dans la forêt.

Les Indiens isolés de part et d'autres de la frontière Pérou-Brésil sont menacés par la déforestation illégale.
Les Indiens isolés de part et d'autres de la frontière Pérou-Brésil sont menacés par la déforestation illégale.
© G. Miranda/FUNAI/Survival

Certains, comme les Awá isolés, sont des chasseurs-cueilleurs nomades qui se déplacent constamment, qui peuvent construire un abri en quelques heures et l’abandonner quelques jours après.

D’autres sont plus sédentarisés, habitant des maisons communes, cultivant du manioc et quelques autres plantes dans des jardins ouverts dans la forêt et pratiquant aussi la pêche et la chasse.

Dans l’Etat d’Acre, il pourrait y avoir jusqu’à 600 Indiens répartis en quatre groupes différents. Ils y vivent dans une relative tranquillité dans plusieurs territoires démarqués qui sont généralement préservés.

Il pourrait également y avoir 300 Indiens isolés vivant dans le territoire de Massacó dans l’Etat de Rondônia.

Indiens isolés du Brésil, mai 2008. Nombre d'entre eux sont menacés par l'exploitation forestière illégale qui sévit du côté péruvien de la frontière.
Indiens isolés du Brésil, mai 2008. Nombre d'entre eux sont menacés par l'exploitation forestière illégale qui sévit du côté péruvien de la frontière.
© G. Miranda/FUNAI/Survival

Ils utilisent de très grands arcs et flèches – il a été trouvé un arc de plus de quatre mètres – ressemblant beaucoup en style et en taille à ceux de la tribu des Sirionó de la proche Bolivie.

Ils doivent particulièrement apprécier les tortues car des amas de carapaces ont été retrouvés dans des camps abandonnés.

Cependant, d’autres groupes isolés qui ne comptent plus que quelques individus frôlent l’extinction.

Ces petits groupes dispersés se trouvent principalement dans l’Etat du Rondônia, du Mato Grosso et du Maranhão et sont les survivants de brutales expropriations qui les ont visés et pendant lesquelles les éleveurs de bétails, les bûcherons et d’autres ont assassiné leurs semblables.

Aujourd’hui, ils sont toujours chassés sans vergogne et leurs forêts de résidence connaissent une destruction effrénée.


José Carlos Meirelles de la FUNAI tient
des flèches appartenant aux Indiens isolés.
© Gleison Miranda/FUNAI

Des projets de méga-barrages et de grandes routes, que le gouvernement envisage dans le cadre de son ‘Programmes de croissance accélérée’, représentent de grandes menaces.

Les barrages de Jirau et de Santo Antonio sur la rivière Madeira se situent à proximité de plusieurs groupes d’Indiens isolés.

Un rapport récent indique que certains de ces groupes abandonnent leur territoire à cause du bruit et de la pollution des chantiers de construction.

Tous ces groupes sont très vulnérables à des maladies telles que la grippe ou le rhume transmis par le monde extérieur et contre lesquelles ils n’ont aucune immunité : une bonne raison d’éviter le contact.

Mais malgré ces sombres perspectives, il y a de la place pour de remarquables histoires de survie. Karapiru, un homme awá, a survécu à une fusillade puis a vécu tout seul pendant dix ans, se cachant dans la forêt, jusqu’à ce qu’il établisse finalement le contact avec des colons. Il vit maintenant avec d’autres Awá.

Les tribus isolées du Brésil doivent être protégées et leurs droits territoriaux reconnus, avant qu’ils ne disparaissent à jamais en même temps que la forêt dont ils dépendent.

Menaces

Tous les contacts avec les Indiens isolés du Brésil, se sont terminés en catastrophe.

Ces groupes n’ont pas d’immunité contre les maladies bénignes d’autre part, c’est ce qui les rend extrêmement vulnérables.

Il n’est pas rare que 50% de la population d’une tribu succombe à des maladies allogènes telles que la rougeole ou la grippe dans l’année qui suit leur premier contact.

Ainsi, la moitié des Matis a disparu après leur premier contact. Jeunes et anciens, dont nombre de chamanes, périrent des maladies introduites.

‘Before we knew it, we’d all caught pneumonia.’The Matis of Brazil recall the devastating impact of first contact.

Des conflits et de violents heurts surviennent souvent comme conséquences de l’activité économique dans les régions où vivent les peuples isolés.

De tels conflits ont eu pour conséquence la mort de quelques envahisseurs et de nombreux Indiens.

Les quatre derniers survivants de la tribu akuntsu ont été victimes de plusieurs attaques après avoir été les témoins du massacre de leurs semblables et de la destruction de leurs maisons par les bulldozers des éleveurs.

Pas inconnus

Dans le monde entier, des tribus ont décidé de rester à l’écart de la société nationale et même des autres peuples indigènes.

Cela ne veut pas dire qu’ils demeurent « inconnus » ou « inchangés ». La plupart sont déjà connus et quel que soit leur degré d’isolement, ils s’adaptent en permanence à l’évolution de leur environnement.

Une femme de la tribu isolée jururei sur le territoire indigène de Urueu Wau Wau. Rondônia, Brésil.
Une femme de la tribu isolée jururei sur le territoire indigène de Urueu Wau Wau. Rondônia, Brésil.
© Rogerio Vargas

Beaucoup ont des contacts occasionnels, parfois hostiles, avec les tribus voisines. Ils savent très bien que d’autres sociétés les entourent.

Les groupes indigènes voisins et la FUNAI connaissent la plupart du temps la localisation de ces groupes.

Depuis 1987, la FUNAI a un département consacré aux Indiens isolés, dont la politique consiste à n’établir le contact que dans les cas où leur survie immédiate est incertaine.

Sinon, aucune tentative de contact n’est entreprise. A la place, la FUNAI cherche à démarquer et protéger le territoire des invasions avec des postes de protection avancés.

Les peuples isolés doivent avoir le droit de décider de vivre isolés ou pas. Mais, dans la perspective d’exercer ce droit, ils ont besoin de temps et d’espace pour ce faire.

La FUNAI a créé cette carte qui montre les zones (en vert foncé) habitées par des tribus isolées.
La FUNAI a créé cette carte qui montre les zones (en vert foncé) habitées par des tribus isolées.
© FUNAI

Ils ne survivront que si leur territoire est protégé – en accord avec les lois nationales et internationales. Ils devraient avoir le droit de vivre en paix, sans craindre l’extermination ou des contacts désastreux.

Le contact ne devrait se produire qu’au moment où les peuples isolés décident qu’ils sont prêts à le faire.

Les derniers

Certaines tribus isolées comptent leurs tous derniers membres. Voici quelques-unes des plus menacées.

Le ‘dernier de sa tribu’

La maison et le jardin de 'l'homme au trou'.
La maison et le jardin de 'l'homme au trou'.
© Fiona Watson/Survival

On pense que cet homme est le dernier survivant de son groupe qui fut probablement massacré par des éleveurs occupant la région de Tanaru dans l’Etat du Rondônia.

Il vit seul et est constamment en fuite.

Nous ne savons pas son nom, ni de quelle tribu il fait partie, ni quelle est sa langue.

Il est parfois désigné comme « l’homme dans le trou » à cause des grands trous qu’il creuse soit pour attraper des animaux soit pour s’y cacher.

Il rejette toute forme de contact.

La FUNAI lui a démarqué un petit territoire en forêt pour le protéger. Il est entouré de toutes parts par des fermes d’élevage.

Fin 2009, l’homme avait été la cible d’hommes armés. Beaucoup de fermiers avaient pour habitude de se servir d’hommes armés pour tuer les Indiens isolés dans l’Etat du Rondônia.

Les Piripkura du Mato Grosso

Nous ne savons pas comment ce peuple s’autodénomme, mais leurs voisins, les Indiens gavião, les appellent les Piripkura , ou ‘peuple papillon’ à cause de leur habitude de se déplacer sans arrêt dans la forêt. Ils parlent le Tupi-Kawahib, une langue que partagent plusieurs tribus du Brésil.

Un pirikpura.
Un pirikpura.
© Jair Candor

Les Piripkura comptaient une vingtaine de membres lorsque la FUNAI est entrée en contact avec eux pour la première fois à la fin des années 1980. Après le contact, ils retournèrent dans la forêt. Depuis lors, le contact s’est renoué avec trois membres de la tribu.

En 1998, deux hommes piripkura, Mande-i et Tucan, sortirent de la forêt de leur propre volonté. L’un d’eux était malade et fut hospitalisé.

Pendant la courte période qu’il passa à l’hôpital, il raconta comment son peuple avait une population bien plus importante les années précédentes, comment il avait été massacré par des Blancs, et comment son ami et lui avaient erré dans la forêt en chassant, pêchant et cueillant pour survivre.

IL y a un vrai risque de génocide.Expert du gouvernement brésilien au sujet de la situation des Pirikpura

Nous ne savons pas s’il y a d’autres survivants piripkura. Aujourd’hui, Mande-i et Tucan sont en grand danger, leurs terres étant sans cesse la proie d’une exploitation forestière illégale qui repousse toujours plus loin leur territoire de chasse.

La FUNAI a promulgué une loi temporaire qui interdit à quiconque de pénétrer dans le territoire des Piripkura sans autorisation et qui y bannit toute activité économique. Mais si le gouvernement n’entreprend pas rapidement de démarquer officiellement leur territoire, les derniers survivants connus des Piripkura disparaîtront à jamais.

Les Kawahiva du Rio Pardo, Mato Grosso

On sait peut de choses sur cette tribu, mais on pense qu’elle appartient au groupe des Kawahiva. Il y a quelques années, la FUNAI a estimé qu’ils devaient être une cinquantaine, mais aujourd’hui, ils doivent être moins nombreux.

Une maison d'Indiens isolés abandonnée, Río Pardo, Brésil.
Une maison d'Indiens isolés abandonnée, Río Pardo, Brésil.

© FUNAI

On pense qu’ils ont cessé d’avoir des enfants à cause de leur fuite permanente devant l’exploitation forestière et les autres invasions.

Etant toujours en déplacement, ils ne peuvent plus cultiver et doivent se reposer uniquement sur la chasse et la pêche.

Leur territoire n’est toujours pas protégé et, en conséquence, leur survie est très incertaine. Leurs forêts sont constamment attaquées par des exploitants forestiers principalement issus de Colniza, une des villes-frontière les plus violentes du Brésil, dans une des régions forestières les plus dévastées d’Amazonie.

De manière inattendue, un juge fédéral a ordonné une enquête sur le massacre de ces Kawahiva. Selon les Nations-Unies, le crime de génocide est avéré en cas « de dommage délibéré sur les conditions de vie d’un groupe dans le but de sa destruction physique totale ou partielle ».

Il semble prouvé que les bûcherons s’attaquent délibérément aux Indiens pour les contraindre à abandonner leurs maisons et à reculer en permanence devant eux.

Les Korubo de la vallée Javari

A la frontière du Brésil et du Pérou, la vallée du Javari est le lieu de vie de sept peuples contactés et d’environ sept groupes d’Indiens isolés, une concentration de peuples isolés parmi les plus fortes du Brésil.

Une femme korubo et son enfant, vallée Javari.
Une femme korubo et son enfant, vallée Javari.
© Erling Soderstrom

Un des groupes, les Korubo, sont connus comme les « caceteiros » ou « hommes-massue » à cause des grandes massues qu’ils utilisent pour se défendre.

En 1996, la FUNAI a établi le contact avec un groupe de trente Korubo qui s’était séparé du groupe principal qui demeure dans l’isolement, évitant tout contact avec les groupes environnants.

Des maladies léthales introduites par le monde extérieur frappent les groupes contactés dans la région et on craint que ces maladies puissent être transmises à des groupes isolés, ce qui aurait des conséquences tragiques.

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