Les Nukak

Quasiment poussés à l'extinction à cause des invasions

Leur jungle a été envahie par des groupes armés et des cultivateurs de coca dans le cadre du commerce lucratif de la cocaïne pendant la guerre civile colombienne, forçant les Nukak à fuir leurs terres. Suite à l’accord de paix de 2016, peu de choses ont changé pour eux. Aujourd’hui, les Nukak demandent à pouvoir retourner sur leurs terres ancestrales.

Les Nukak sont l’un des 65 peuples autochtones de Colombie en « risque imminent d’extinction physique et culturelle ».

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Les indiens nukak vivent dans une région située entre les bassins du Guaviare et de l’Inirida, aux confins du bassin amazonien, en Colombie.

Autrefois, les Nukak étaient des chasseurs-cueilleurs et vivaient en petits groupes de 9 à 30 personnes dans la jungle et loin des rivières. Aujourd’hui, la plupart d’entre eux vivent dans des campements fixes d’environ 80 personnes. Ils se déplacent en fonction de leurs relations de parenté.

Ils sont nomades, mais le contact et les déplacements les ont conduits à adopter différentes manières de perpétuer le nomadisme en s’adaptant à leur nouvelle situation.

Les maisons du peuple nukak sont des structures très légères faites de bois et de feuilles de palmier. C’est tout ce dont ils avaient besoin pour avoir un toit sous lequel accrocher un hamac. Mais actuellement, ils ne construisent ce type de logement que lorsqu’ils vont chasser.

Chaque famille a son propre feu, qu’elle utilise non seulement pour cuisiner et se chauffer mais aussi pour brûler certaines plantes qui repoussent les moustiques.

Les Nukak se nourrissent de différents types de singes, de poissons, d’espèces forestières, de tortues, de fruits de palmiers, de noix, d’insectes, de larves et de miel.

Encore aujourd’hui, les hommes chassent avec des sarbacanes dans lesquelles ils insèrent des fléchettes imprégnées de curare, un poison composé de cinq plantes différentes. Parfois, ils utilisent des lances pour chasser les cochons sauvages, appelés cafuche dans la région.

Contact

Les Nukak ont pratiquement évité tout contact régulier avec le monde extérieur jusqu’à l’irruption inattendue, en 1988, d’un groupe d’une quarantaine d’entre eux à Calamar, dans la région de El Guaviare.

Des Nukak photographiés dans la forêt en 1991
Des Nukak photographiés dans la forêt en 1991
© Gustavo Pollitis/Survival

Bien qu’ils se soient trouvés alors dans ce qu’ils considéraient être leur territoire ancestral, leur arrivée soudaine à Calamar attira l’attention des médias nationaux et internationaux.

Mais les conséquences de ce contact régulier furent désastreuses. Au cours des années suivantes, notamment en raison de la présence croissante de bûcherons, de cultivateurs de coca et de paramilitaires sur leur territoire, de plus en plus de Nukak entrèrent en contact avec des étrangers et succombèrent à des maladies telles que le paludisme ou la grippe, contre lesquelles ils n’étaient pas immunisés.

Environ 50% du peuple nukak est mort dans les années qui ont suivi le premier contact. Aujourd’hui encore, ils sont vulnérables aux maladies respiratoires aiguës, qui sont la principale cause de décès.

C’est à partir de cette époque qu’on a découvert que les missionnaires évangélistes de la « New Tribes Mission », une organisation fortement controversée, étaient entrés en contact avec les Nukak dans les années 1970. Aujourd’hui, les missionnaires continuent d’établir le contact avec eux.

En extinction

Il est déterminant pour la survie des nomades [nukak] de leur assurer l’usage de suffisamment de terre afin que ce soit conforme à leur mode de vie.
ONIC, Colombie”

En 1993, grâce à la campagne internationale en faveur des Nukak menée par Survival, l’ONIC et d’autres organisations, le gouvernement colombien a finalement reconnu les droits du peuple autochtone à son territoire ancestral. La « Réserve nukak » a été agrandie en 1997 et englobe à présent presque un million d’hectares de forêt.

Malgré cette reconnaissance légale et la fin du conflit armé, les Nukak ne peuvent toujours pas retourner sur leurs terres.

Cocaïne

La violente lutte pour le commerce de la cocaïne et le conflit armé entre les guérilleros, les paramilitaires et l’armée colombienne ont forcé les Nukak à fuir leurs maisons et à chercher refuge à la périphérie d’une ville appelée San José del Guaviare ou dans des camps improvisés près de la rivière Guaviare et les environs de la « Réserve nukak ».

Jeune garçon nukak, sud-est de la Colombie.
Jeune garçon nukak, sud-est de la Colombie.
© David Hill/Survival

En 2006, le gouvernement a tenté de réinstaller dans la forêt les Nukak qui avaient été déplacés ; mais le lieu qui avait été choisi, situé à quatorze kilomètres seulement de San José, n’était pas assez grand.

Suite à une épidémie de grippe et au suicide tragique de l’un de leurs porte-paroles, Mao-be, les Nukak ont abandonné cet endroit et sont retournés à San José.

L’accord de paix

L’accord final de paix, signé en 2016 entre le gouvernement colombien et les FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie), fait mention au sein du « chapitre ethnique » d’un accord portant spécifiquement sur les Nukak, ainsi que leur retour, le déminage et la restitution de leur territoire.

Cependant, les Nukak n’ont toujours pas pu retourner sur leur terre. En raison de la présence de groupes armés dissidents, qui ne reconnaissent pas l’accord de paix, et de mines antipersonnel sur leurs territoires, le gouvernement colombien ne peut assurer le retour dans des conditions de sécurité.

Autrefois chasseurs-cueilleurs nomades, les Nukak sont aujourd’hui principalement des réfugiés sédentaires. Ils survivent dans des camps improvisés dotés de toits de zinc. Ils ne peuvent plus chasser ou pêcher pour se nourrir comme ils le faisaient auparavant et dépendent à présent de l’aide gouvernementale ; certains sont même exploités en tant que ramasseurs de coca. Ils souffrent de malnutrition et de maladies telle que la tuberculose. Aliénés et désespérés, beaucoup finissent par consommer de la drogue et de l’alcool. Les cas de violence domestique et d’abus sexuels sont en augmentation, tandis que certains mettent fin à leur vie en se suicidant.

Bien qu’ils aient été reconnus comme un peuple autochtone menacé d’extinction physique et culturelle par la législation colombienne, aucune mesure efficace n’a encore été prise pour restaurer les droits fondamentaux des Nukak, qui survivent dans des conditions de marginalisation, de misère et de discrimination par rapport à la société non-autochtone du pays.

« Nous voulons retourner sur notre terre. Sur nos territoires, nous avons tout. Notre nourriture, tout ce qui est nécessaire pour subvenir à nos besoins, beaucoup de connaissances et de choses à enseigner à nos jeunes. C’est tout ce que nous avons, notre nature, notre mère. » Manuel García.

« RISQUE IMMINENT D’EXTINCTION »

Les Nukak sont l’un des 65 peuples autochtones de Colombie au moins en « risque imminent d’extinction », selon l’Organisation nationale des peuples autochtones de Colombie.

Ces peuples autochtones, parmi lesquels les Wipiwis, les Amorúas et les Wachinas, ont été victimes du conflit armé colombien et de la négligence du gouvernement. Aujourd’hui, ils sont confrontés à l’invasion de leurs terres par ceux qui cherchent à en exploiter les ressources naturelles.

De plus, les peuples autochtones de Colombie doivent faire face à la vague de meurtres dont ils sont victimes car ils défendent leurs terres, leurs droits et protègent leur environnement. Selon un rapport de la Commission nationale des droits de l’homme des peuples autochtones de Colombie, 51 autochtones ont été assassinés entre 2016 et 2017.

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