Inde: des tribus isolées menacées d'invasion

Deux tribus isolées vivant dans plusieurs îles de l'Océan Indien sont confrontées à une dangereuse invasion de colons et de touristes. Cette invasion constitue une très grave menace pour leur survie.

Les Jarawa sont une petite tribu relativement isolée vivant sur les îles Andaman dans la baie du Bengale. Ancienne colonie britannique, les îles appartiennent aujourd'hui à l'Inde. La réserve, qui fut crée en 1957 à l'intention des Jarawa, est traversée en son milieu par la route principale des îles. Ce qui permet aux milliers de colons du continent qui se sont établis dans l'archipel d'envahir progressivement les denses forêts des Jarawa où ils chassent le gibier dont ces derniers dépendent pour vivre. Ces raids se sont récemment intensifiés et ont délogé au moins un groupe Jarawa de son territoire.

La récente campagne de Survival contre le projet du gouvernement indien qui consistait à expulser les Jarawa de leur habitat forestier pour les installer dans des 'villages' a été couronnée de succès: un tribunal indien a rendu un jugement provisoire imposant aux autorités locales de mettre fin à ce projet, de stopper les intrusions sur le territoire jarawa et de suspendre une prochaine extension de la route à l'intérieur de la réserve. Mais sur le terrain, les incursions sur les terres jarawa se sont considérablement multipliées. Nombreux sont les touristes qui pénètrent illégalement dans la réserve par la route.

Les Jarawa sont des chasseurs-cueilleurs nomades qui, malgré la pénétration des colons sur leurs îles il y a plus d'un siècle, ont toujours résisté au contact avec le monde extérieur. Ils représentent une population de 200 à 400 personnes selon les estimations et sont les seuls à parler leur langue. Ils sont culturellement et physiquement très différents des Indiens qui les entourent; des études suggèrent qu'ils partagent une ascendance commune avec certains peuples africains. Jusqu'à une époque récente, il n'y avait pratiquement aucun contact pacifique entre la tribu et le monde extérieur. C'est en 1997 que quelques Jarawa ont commencé à sortir de leur forêt sur la route percée au cœur de leur réserve dans les années 1970, malgré le statut de zone protégée dont elle bénéficiait. Certains d'entre eux empruntèrent les bus qui y circulent et s'aventurèrent même jusqu'aux villes. Tandis que s'apaisent les rapports entre Jarawa et colons, les incursions de ces derniers se multiplient.

À présent, les Jarawa apparaissent plus rarement sur la route. Des témoins occulaires ont récemment rapporté qu'ils sont de plus en plus nombreux à porter les os de leurs parents morts autour de la taille (une coutume Jarawa pour honorer les morts), ce qui pourrait signifier une augmentation de leur taux de mortalité.

Les Jarawa ne sont pas la seule tribu à vivre dans l'archipel. Les 'Grands Andamanais' ont pratiquement été exterminés à la suite des déplacements de population organisés par les autorités coloniales britanniques au XIXe siècle. Comme beaucoup d'autres peuples nomades qui ont été forcés de se sédentariser, ils furent rapidement affaiblis par le changement d'alimentation, la perte de leur identité, et surtout, par les nouvelles maladies contre lesquelles ils n'avaient pas d'immunité – leur population a chuté de 5000 à seulement 41.

Les Sentinelle, une autre tribu andamanaise, sont pareillement menacés. Ils ont cependant l'avantage de vivre sur une île pratiquement déserte, et ont maintenu un plus grand degré d'isolement que les Jarawa, réagissant avec hostilité aux tentatives d'invasion. Le gouvernement prétend avoir cessé toute tentative de contact – pourtant des braconniers et des représentants du gouvernement se sont récemment rendus sur l'île, leur seule présence représentant un danger certain pour les Sentinelle extrêmement vulnérables aux épidémies et aux maladies importées.

Les Jarawa et les Sentinelle sont dans une situation très précaire. Leurs droits territoriaux, pourtant garantis par la législation internationale, sont complètement ignorés. Si le gouvernement indien n'agit pas concrètement afin de protéger leurs terres des colons, des braconniers et des touristes, il est probable que beaucoup d'entre eux disparaîtront.